Je ne serais pas étonné que les statistiques des fréquentations genevoises de dp.la connaissent ces jours un peak mérité. Invité par l’Université de Genève à l’occasion du lancement du Bodmer Lab, le directeur de la Bibliothèque d’Harvard, Robert Darnton a présenté  jeudi soir à l’Université de Genève une conférence exceptionnelle sur  la Digital Public Library of America, un projet d’une ambition et d’une qualité exceptionnelles. A deux titres: le premier est de développer à terme une arborescence du savoir et de la connaissance à travers la mise en réseau de toutes les bibliothèques des Etats-Unis et de mettre ces matières gratuitement à disposition de tous. L’autre ambition, politique, est de résister à toutes les entraves mises aujourd’hui à l’accès universel et gratuit à la connaissance. Un projet que Roger Darnton a ainsi décrit comme « utopique et pragmatique ». Utopique puisqu’il reprend et défend un concept menacé, né des Lumières, soit le développement d’un savoir universel démocratisé; pragmatique puisqu’il se développe dans l’action, par la fédération d’acteurs partageant les mêmes valeurs. « Numériser et démocratiser » tel est en effet le projet, par opposition bien sûr à ce qui anime Google et qui pourrait se résumer à « numériser puis vendre ». Je n’entends pas ici négliger l’extraordinaire contribution de Google dans le partage des connaissances et du savoir, mais force est de constater que le projet de départ de ses fondateurs s’est très sensiblement transformé avec les années. Avec celles écrites par Darnton lui-même, parmi les pages les plus avisées à lire à ce sujet, malheureusement encore inaccessibles en français, celle de Siva Vaidhyanathan dans son livre « The Gogglization of Everything: And Why We Should Worry »  qui décrit cette transformation et cartographie ses effets néfastes sur l’accès libre à la connaissance.

En prenant l’exemple des éditeurs et prestataires d’information académique et scientifique, Darnton a fort bien et fort simplement illustré le danger en prenant l’exemple de l’augmentation massive du coût de l’abonnement aux revues scientifiques, c’est assez édifiant. Afin d’être certain de mes chiffres, je ne reprends pas mes notes mais l’extrait de l’un de ses articles de la NYRB au sujet de la DPLA:    » Consider the cost of scientific periodicals, most of which are published exclusively online. It has increased at four times the rate of inflation since 1986. The average price of a year’s subscription to a chemistry journal is now $4,044. In 1970 it was $33. A subscription to the Journal of Comparative Neurology cost $30,860 in 2012—the equivalent of six hundred monographs. Three giant publishers—Reed Elsevier, Wiley-Blackwell, and Springer—publish 42 percent of all academic articles, and they make giant profits from them. In 2013 Elsevier turned a 39 percent profit on an income of £2.1 billion from its science, technical, and medical journals. »

Dans ce contexte, il a salué l’initiative du recteur de l’Université de Liège qui impose comme condition à tout promotion de professeur que l’ensemble des articles académiques soit publié en libre accès. Une pratique, a indiqué Margareta Badelley, sa vice-rectrice, que pratique également l’Université de Genève sans toutefois en faire une condition à la promotion de ses professeurs.

 

 

 

 

 

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