On parle beaucoup de ce que les technologies peuvent faire pour nous. On parle infiniment moins de ce qu’elles nous font, de leur effet sur nos vies. Plus ou moins consciemment, nous sentons bien qu’elles nous transforment, qu’elles ne sont pas « innocentes » et sans impact. Mais nous sommes encore souvent sans mots, sans concepts et sans définitions arrêtées pour en parler constructivement, honnêtement, simplement. Entre la critique dénonciatrice des « technophobes » et l’apologie asservie des « technophiles », il me paraît pourtant urgent de faire une place à ce débat. Nous vivons avec des machines. Il serait illusoire de croire que nous parviendrons à faire l’économie de l’analyse de leur intégration et de leur impact profond sur nos modes de vie, nos « je », nos « moi » et sur notre « vivre ensemble ».

Ne nous le cachons pas, le « stress technologique existe ». Il est capable d’infecter notre quotidien professionnel, de contaminer ce que nous appelons encore, faussement dans notre société constamment connectée, notre repos.

Le monde virtuel développe une accoutumance nouvelle. On peut se perdre dans les jeux vidéos ou dans le cyberespace : perdre son temps, sa tête, et sa raison. Dans leurs aspects pervers, les infotechnologies nous poussent et nous entraînent souvent de manière irrésistible dans une fuite en avant sans fin et agitée : traiter et organiser ses courriers électronique, déambuler sur le net simplement parce que « c’est là », tenter de faire façon des dernières fonctionnalités d’un nouveau logiciel, c’est souvent s’exposer à cette intense frustration que représente la perte complète de son temps. Tous les jours, nous multiplions nos propres petites mises en échec. Réfléchissons, discutons, apprenons.

Nous ne désinventerons pas les machines. Nous ne ralentirons rien. Connecté depuis le début des années 80, le « fou du net » que je suis souhaite cette discussion. Son enjeu ? Prendre conscience. Ne plus simplement être connecté « au » réseau, mais « par » le réseau. Mais il faut tenter de ne pas laisser s’installer le déséquilibre.

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